COMMUNIQUE DE PRESSE (eiL)
Paris, le 11 février 2005



GROUPE DE TRAVAIL
SUR LA MODERNISATION DES BACCALAUREATS


La Fédération e.i.L rappelle qu'elle a décidé de participer au groupe de travail consacré à la « modernisation des baccalauréats », dans le respect de ses mandats, et dûment motivée par le souci de préserver les droits respectifs des enseignants et de leurs élèves en matière d'équité face à l'école de la République.

Dans une déclaration liminaire en date du 17 janvier 2005, le représentant mandaté de la Fédération e.i.L a par ailleurs clairement énoncé les principes de son Organisation, le jour même de l'installation du groupe de travail par M. François Fillon.

A cette occasion, la Fédération e.i.L a eu toute latitude de réaffirmer son attachement au caractère national du baccalauréat - symbolique forte de la République égalitaire, mais aussi finalité des études secondaires et premier grade universitaire.

De la même façon, notre Fédération a réaffirmé l'absolue nécessité de conserver au baccalauréat son corpus d'épreuves ponctuelles, sans l'introduction d'aucune part de Contrôle continu, ni d'aucune mesure d'extension du Contrôle en cours de formation, dans l'évaluation des candidats à l'examen.

La Fédération e.i.L rappelle que, sous sa forme actuelle, le baccalauréat s'affirme de facto comme le garant de la justice sociale pour tous les élèves face à l'examen, garantissant par là même à tous le droit à l'indépendance et à l'anonymat au regard de l'évaluation.

A cet égard, le baccalauréat garantit l'équité de l'ensemble de la communauté scolaire - élèves comme formateurs - à travers la sérénité et la transparence du jugement rendu et accepté de concert, et en toute connaissance de cause, par les uns et les autres.

A l'inverse, l'instauration du CCF et du Contrôle continu au sein des référentiels des baccalauréats, se révélerait un grave préjudice à l'égard du caractère national des diplômes, et hypothéquerait sans conteste le temps de formation des élèves et le temps de préparation qualitative de leurs enseignants.

Une telle généralisation du CCF et du Contrôle continu - si elle était retenue par le Ministre - constituerait en substance un préalable à la déconcentration généralisée de l'évaluation des élèves, à la décentralisation des examens, voire à la régionalisation de la délivrance des diplômes : les « lycées riches » et les « Régions riches » seraient définitivement porteurs d'une « renommée » qui reléguerait plus encore les « lycées pauvres » et les « Régions pauvres » à l'impossibilité tangible, pour leurs élèves, de se revendiquer, à parité égale, du même diplôme décroché dans un lycée dont le recrutement bénéficierait d'une image socioculturelle en théorie plus attractive.

Il y aurait ainsi « baccalauréats » pluriels et « Baccalauréat » tout court.

Bref, il s'agirait d'un préalable à l'éclatement anti-républicain de l'Education nationale, en direction d'une multitude de féodalités ponctuelles et « labellisées », sans plus de structures républicaines ni en amont ni en aval.

Le principe d'égalité devant l'Ecole aurait vécu, et l'égalité citoyenne aurait disparu des annales de la République, sans plus d'espoir aucun pour les jeunes les plus défavorisés de la Nation de faire valoir leurs droits à l'instruction, en dehors de toute appartenance à d'hypothétiques « pôles d'excellence », dont notre Fédération sait bien toute la démagogie et l'innocuité des perspectives à long terme qu'ils présentent pour les élèves.

Notre Fédération e.i.L ne saurait davantage accréditer la thèse qui consiste à affirmer que la réduction du nombre des épreuves à l'examen irait dans le sens de l'intérêt des élèves, alors que seule la motivation politique d'un alignement sur un système éducatif européen sans substance, est à l'origine de ce type de préconisation hâtive et sans fondement culturel du droit à la différence scolaire.

Ainsi notre Fédération ne saurait-elle voir s'imposer le principe d'une hiérarchie illégitime entre les matières enseignées, selon que telle ou telle matière serait évaluée, demain, sous la forme « noble » d'une épreuve ponctuelle et cardinale, et telle autre épreuve évaluée sous la forme « vulgarisée » du Contrôle continu ou du CCF, et dépréciée au bout du compte.

On voit d'ici la place que prendrait - dans une telle perspective - le soutien scolaire que d'aucuns pourraient proposer à leurs enfants et les autres pas.

Or ce sont les enfants de ces « autres» qui sont le quotidien militant de notre Fédération e.i.L, en cela que ses mandats n'excluent aucun enfant des bancs de ce qui reste aujourd'hui l'Ecole de la Nation, sans considération pour les origines sociales de ses élèves, et encore moins pour les résultats budgétaires de la Région qui les a vu naître par hasard dans ses limites géographiques.

La Fédération e.i.L affirme, quant à elle, que la République n'a pas à être comptable des efforts qu'elle produit en faveur des jeunes scolarisés dans le cadre de son école laïque, républicaine et obligatoire.

La laïcité est à ce prix et l'argument pédagogique est le seul argument prioritaire aux yeux de notre Fédération.

Le déroulement des débats du groupe de travail voit d'ailleurs émerger, au fil de ses séances, les contradictions de fond que le recours partisan au CCF ou au Contrôle continu constituerait, y compris dans la perspective d'une réduction du nombre d'épreuves à l'examen - , un principe que la Fédération e.i.L ne cautionnera pas, quant à elle - ainsi que son représentant au sein du groupe de travail n'a de cesse de le rappeler en public, et systématiquement, dès lors que ces contradictions prennent le pas sur les limites politiques fixées au groupe de travail par M. Fillon...

Pour autant, la Fédération e.i.L se refuse à utiliser le groupe de travail comme une caisse de résonance à des soucis extérieurs de contestation mouvantes, et animés par des motivations qui n'entretiennent que de très lointains rapports avec l'intérêt des élèves et leurs préoccupations légitimes au niveau de la soi-disant modernisation des baccalauréats.

En effet, s'il ne s'agit pas de cautionner une politique ministérielle que nous désapprouvons, en l'occurrence, dans ses visées législatives, il ne s'agit pas non plus, pour notre Fédération, d'abonder la thèse d'un mouvement socio-sociétal, et soi-disant généralisé à l'ensemble de la communauté éducative, ce qui est loin d'être le cas, en dehors de la juste contestation des points que nous décrivions ci-dessus, et dont nous sommes partie prenante, mais dans une optique constructive et inscrite dans les règles démocratiques d'un débat contradictoire visant à améliorer les conditions d'étude des élèves.

Aujourd'hui comme hier, la Fédération e.i.L ne confond donc pas l'intérêt général des élèves avec les mots d'ordre d'une contestation dont les objectifs incantatoires s'arrêtent aux portes des échos d’opinion néo-politique qu'ils génèrent au niveau de la Nation des Citoyens.

En revanche, s'il s'avérait que le Gouvernement entendait passer en force sur le CCF, le Contrôle continu et la réduction du nombre d'épreuves au baccalauréat, en dépit des avis négatifs émis depuis l'intérieur même du groupe de travail, il va de soi que la Fédération e.i.L mettrait un terme au processus de concertation qu'elle poursuit encore à ce jour.

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