Des dangers menacent actuellement la laïcité, fondement
de notre République:
-En Europe, autour de la rédaction de la constitution
européenne.
-En France, avec la volonté de certains de remettre en
cause la loi de séparation de l'église et de l'Etat dont le centenaire sera
commémoré en 2005
-Au sein de l'école publique au travers du port du voile.
1 EN EUROPE: SEPARATION DES ETATS ET DES EGLISES ?
Lors de l'élaboration du traité de Maastricht, des tentatives avaient vu le jour pour imposer une référence à la religion dans les textes préparatoires à la constitution européenne. Le Pape, responsable d'un Etat,
le Vatican, qui ne fait pas partie de l'Union Européenne demande
avec insistance, que soit inscrit dans
la future constitution la reconnaissance du christianisme comme valeur fondamentale européenne. Relayé aussi bien par des états nouveaux au sein de la Communauté Européenne (Pologne, République tchèque), par des représentants de partis politiques (démocrate-chrétien allemand...) ou par des ministres (Affaires Etrangères d'Espagne), l'incessant" lobbying " des églises et des organisations religieuses, tente d'œuvrer pour que la future Constitution Européenne mentionne et reconnaisse leur spécificité. Le but est bien que cette reconnaissance se traduise dans les faits par des comportements de vie conformes aux dogmes catholiques (IVG, moyens contraceptifs...). Les conséquences, pour les pays européens ne seraient pas mineures. Quelles décisions devraient prendre les états composant l'Union Européenne, pour la vie quotidienne des citoyens, si les Institutions accédaient à une telle demande? Quel sort serait réservé aux systèmes éducatifs? Sait-on, par exemple qu'en Espagne, parce que divorcés ou vivant en concubinage, des enseignants ont été licenciés, et que 1'enseignement de la religion chrétienne est obligatoire? Devrons-nous, nous aussi, interroger, les élèves comme en Espagne, sur " la prière ", " la vérité et la foi ", " la fascination du religieux" et leur faire subir un examen dans ce domaine pour poursuivre leurs études?
La construction de l'Europe, avec une constitution qualifiée de neutre, pourrait donner l'impression qu'il n'y pas de risque de recul, dans le domaine de la laïcité. Il reste que les citoyens et les syndicalistes attachés aux valeurs d'une Europe respectueuse de la liberté de conscience de chacun, tolérante, respectueuse de l'autre, doivent continuer à veiller et à combattre les atteintes aux Droits de l'Homme et du Citoyen. L'exemple précédent de l'Espagne ne nous incite pas à 1'optimisme... Il serait souhaitable que les instances européennes définissent une présentation de la laïcité et la mettent en œuvre pour les élèves de tous les pays de la communauté européenne.
3 LAICITE EN France AUSSI...
En France, nombre de citoyens pensent que la remise en débat
de la question religieuse ne se pose plus, la laïcité étant inscrite dans la
Constitution, la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905, rétablie à
la Libération par le général de Gaulle lui-même, alors Président du Conseil,
garantissant le pays contre des
affrontements que l'on sait violents ailleurs, en Irlande du nord, par exemple.
Mais ils oublient par exemple, que certains groupes, sans doute minoritaires, obligés de scinder leurs institutions en deux, cultuelles d'une part, et associatives, type loi 1901 d'autre part, souhaitent faciliter
leurs pratiques religieuses, qu'ils veulent globales, en retouchant la loi de 1905. La majorité des catholiques ne voit pas la nécessité de la réviser, les accords de 1924, ayant substitué aux associations cultuelles une organisation dans le cadre diocésain qui fait de l'évêque l'interlocuteur légitime de l'Etat. Par contre c'est une
demande soutenue par de nombreux Protestants. Pour certains membres de la hiérarchie catholique, l'ambition est forte, dans le contexte actuel, de faire reculer l'école publique en englobant une modification
de la loi Falloux dans une nouvelle rédaction de la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Si les laïques que nous sommes, au SNETAA-EIL, ne
confondent pas laïcité et anti-religion, laïcité et
anticléricalisme, nous sommes hostiles aux dimensions
religieuses libérales des lois qui tendent à subordonner la culture, la
formation et les activités aux intérêts financiers, et qui projettent également
une mise sous tutelle de la formation professionnelle publique. S'il en était
besoin, la mise en cause des lois anti-laïques de
financement par l'état des écoles catholiques techniques,
les accords Lang-Cloupet, certaines
propositions du projet de loi de décentralisation,
rappellent que la vigilance est toujours de mise.
L'apparition de mouvements islamistes extrémistes voire fondamentalistes a modifié le paysage religieux : ils s'inscrivent aux côtes de ceux des autres religions pour tenter d'imposer leur" liberté" contre la liber-
té de conscience individuelle, pour tenter de retourner à leur profit, contre les laïques et contre l'école, les valeurs historiques de la laïcité que, fonda mentalement ils rejettent: tolérance, pluralisme et démocratie. Ils se rejoignent dans le rejet de l'école, et l'exclusion des autres communautés, porte ouverte à la xénophobie et au
racisme. Derrière la volonté de multiculturalisme et l'existence de communautés religieuses dans l'Ecole se prépare la division de la société de demain en blocs communautaires vivant en opposition, voire en confrontation. Les sociétés anglo-saxonnes sont de ce point de vue révélatrices.
On ne peut accepter que soient invoqués le droit à la différence, la règle constitutionnelle du respect de toutes les croyances, pour faire admettre dans les établissements scolaires des pratiques de prosélytisme religieux contraires aux principes de laïcité et à ceux de liberté et d'égalité. Confrontés à ces prétentions qu'expriment les
revendications du port du foulard islamiste à l'école, les enseignants laïques sont désarmés. Ils se sentent sur une telle question abandonnés par les élus de la nation ( qui devraient pourtant être les garants des valeurs de la
République et de son Ecole), au nom d'une laïcité proclamée"ouverte ", " tolérante ", " nouvelle " ou " moderne ". Comme si la laïcité avait en elle plusieurs sensibilités, ou comme si la laïcité de la République et de
l'Ecole était" fermée ", " sectaire ", " rétrograde ", " dépassée"! Face à ces problèmes posés aujourd'hui par l'intégrisme musulman, la question d'une loi pour défendre la laïcité ressurgit dans le débat, mais pour
quel contenu? A l'occasion d'un passé récent de nombreuses voix se sont élevées pour mettre en garde tous les niveaux de responsabilité de l'Etat contre les tentatives de compromis, qui pourraient aboutir, par petites touches insidieuses, à remettre en cause ce qui nous permet de vivre ensemble. Mais il n'est, à l'évidence, jamais trop tard pour bien faire!
Pour sa
part le SNETAA avait lancé une pétition, en janvier 1997 demandant au
gouvernement une loi réaffirmant la valeur de la laïcité et les exigences de
protection des jeunes dans le système éducatif et
interdisant
dans l'école toute forme de prosélytisme en faveur d'une idéologie, d'une
religion, d'une appartenance politique ou philosophique. Le SNETAA demandait au
ministère de l'Education nationale de
prendre les mesures réglementaires garantissant aux personnels le respect de leur éthique et de leur conscience laïque. Les signataires s'adressaient aux Parlementaires en les invitant à assumer pleinement leurs responsabilités d'élus en charge de la protection des valeurs fondatrices historiques et culturelles de notre société républicaine.
Souhaitons qu'en cette période où, sondage d'opinion aidant,
la laïcité est perçue de façon plutôt favorable, la sagesse fasse que nos
Parlementaires entendent enfin notre souhait. Les enseignants sont fatigués de
toutes les mises en cause dont ils sont victimes, notamment au nom du droit à
la différence. Il ne faut pas perdre de vue
que la laïcité est un réel facteur de lutte contre la violence dans nos
écoles. Elle contribue fortement, en effet, à y faire régner la sérénité
favorable à l'éducation des élèves, à la formation de leur esprit critique et à
leur acquisition des valeurs citoyennes. Tout affaiblissement de la laïcité
ne peut que faire litière à des privilèges de quelques uns, s'exerçant sur
l'asservissement de tous les autres. Au sein de la même Ecole, havre de paix,
au
travers de l'apprentissage par les jeunes du respect de
l'autre, de la liberté de conscience, de la tolérance mutuelle c'est l'unité de
la Nation qui est concernée. Elle y forme, pour demain, des Hommes et des
Femmes
libres et qui seront maîtres de leur destin.
Yves-Henri SAULNIER