LE LYCEE DES METIERS:
OUI SI OU NON MAIS?

Par Bernard Pabot (SG Snetaa)

Le Lycée des Métiers serait selon certains le nec plus ultra pour l'enseignement professionnel sans lequel il serait aujourd'hui condamné. Il constitue pour d'autres une redoutable trahison directement liée à l'abandon de la spécificité de l'enseignement professionnel.
La vérité se situe sans doute d'une façon plus nuancée entre le "non mais" et le "oui si"

Elle a d'autre part de la peine à se faire jour tant que plusieurs lourdes hypothèques cristallisent les débats, empêchant sans doute par le reflet de la vitrine de voir quelques aspects de la répartition des pièces.

Le Lycée des Métiers appelle des questions demeurées sans réponses claires et affirmées:

* Que devient le LP dans la perspective des Lycées des Métiers et s'agit-il d'adopter une démarche équivalent à celle des lycées polyvalents et dont l'objet explicite est de faire disparaître toute structure propre et autonome de l'enseignement professionnel public?
S'agit-il, oui ou non, de mettre ainsi à mal un principe né depuis 1947 selon lequel l'enseignement professionnel public initial ne pouvait relever d'une simple logique de scolarisation des apprentissages et ne pouvait se fondre sans autre condition dans un lycée d'inspiration généraliste et élitiste de type napoléonien.

Les conflits ou les débats entre les humanités et les savoir-faire, les tentatives fumeuses de conceptualiser l'enseignement professionnel en dehors de tout contexte de métiers, conduisent à des enveloppes vides "la technologie" ou aujourd'hui' "l'éducation professionnelle' destinées en fait à combattre les dimensions de réalités de l'enseignement professionnel. Ils témoignent de la vivacité des rhétoriques et de leurs connotations quant aux choix du "Lycée unique".

Seconde question:

L'enseignement technologique et l'enseignement professionnel sont-ils pour le Ministre d'essence différente ou concurrente, nourrissent-ils des complémentarités ou disposent-ils d'une identité commune qui exigent leur fusion?

Ce débat entre l'enseignement technologique et l'enseignement professionnel est à l'évidence réglé bien que ta Ministre de l'Education tenta de faire croire qu'il ne l'est pas.
La volonté de fonder le Lycée des Métiers sur une identité pédagogique unique en proclamant qu'il s'agit en fait du lieu de mise en oeuvre de la pédagogie inductive, témoigne du souci d'un Lycée des Métiers unique et non pas d'un Lycée des Métiers pluriel où les communications entre ordres d'enseignement n'auraient pour objet que d'organiser les meilleurs parcours scolaires des jeunes.

Troisième question: Quelles relations le Lycée des Métiers entretient-il avec le niveau III et le collège? Du côté du niveau III, force est le constater que le seul débouché offert au Lycée des Métiers est la reprise de celui naturellement construit pour le lycée technique et déjà fortement connoté : le BTS.

Sachant que cette donnée constitue également la base de l'évolution matérielle de carrière tes futurs PLP et que la réponse apportée est donc, on regard du BTS, celle de l'agrégation, force est de constater que la méthode s'apparente plus à une colonisation de l'enseignement professionnel par l'enseignement technologique qu'à une "co-construction".
Du côté du collège, la disparition de la formation professionnelle qualifiante, le développement de supports technologiques et le lancement simultanément d'une 'éducation professionnel le" prennent lourdement de la distance avec les choix, les ambitions et les missions de l'enseignement professionnel public ou tout au moins avec celles dont les personnels se croyaient jusqu'à ce jour investis.

Si on veut bien y ajouter les sombres calculs, habituels dans l'Education Nationale, d'économie de moyens en postes de chefs de travaux, de directeurs, d'agents ou d'infrastructures d'ateliers, de salles, de bâtiments, ... qui ont marqué la philosophie de développement du lycée polyvalent, il est aisé de comprendre que la prudence peut côtoyer parfois la méfiance quand ce n'est pas la défiance.

Pour autant, l'obscurantisme ne peut être de règle dès lors que les pouvoirs publics répondent officiellement et clairement aux questions lourdes évoquées autour des trois tiroirs successifs:
- L'objet des lycées des métiers est-il la suppression de la voie autonome des LP?
- La voie spécifique de l'enseignement professionnel prévue par la loi de 89 est-elle toujours le fondement de la politique d'éducation des deux ministres actuels et sous quel engagement public?
- 'La formation professionnelle les jeunes vise-t-elle toujours a' l'acquisition nationale de métiers couronnée par un diplôme national reconnu et garanti ou bien vise-t-elle seulement à garantir l'insertion.?

Dans l'état, force est donc de reconnaître qu'il est bien difficile le trancher entre le "non mais" et le "oui si" dès lors que de surcroît aucune réponse claire n'a été apportée aux propositions du congrès du SNETAA pour assurer une recherche de clarté dans les rapports entre les enseignements technologiques et professionnels et dans les parcours éducatifs des jeunes, qui constituent à eux deux le cœur des évolutions proclamées du Lycée tes Métiers.

Il est à craindre que le Lycée des Métiers ne soit au fond que la vitrine d'une réforme qu'on se défend officiellement le faire, et qu'il soit livré au fil de l'eau à une forme débridée d'initiatives nourries de façon locale et décentralisée sans autre dimension que la recherche de l'aura des établissements, du crédit de leurs responsables, de la complaisance par rapport aux élus ou de l'entrisme par rapport aux demandes patronales.

M. de Calan, responsable éminent de l'Union des Industries Métallurgiques Minières ne déclarait-il pas récemment au Monde que le LP était mort !
Comme le discours de M. Lang dans le même Monde n'en assurait pas la défense, on peut se poser logiquement la question voudrait-on aujourd'hui dans certaines sphères politico-écononiques se débarrasser de l'Enseignement Professionnel public ?

(la réponse .aujourd'hui appartient en premier à M. Mélenchon dont l'activité au profit de l'Enseignement Professionnel ne se dément pas.
Il lui appartient en outre de faire qu'elle engage dans la clarté le Ministre de I'Education et le Gouvernement.

PAR BERNARD PABOT SECRÉTAIRE GÉNÉNAL - septembre 2001