REUNION DES MINISTRES EUROPEENS A BORDEAUX POUR L’EFP Les Ministres de l’Education de l’Union Européenne, des pays candidats à l’adhésion et des pays de l’Association Européenne de Libre Echange se sont réunis les 25 et 26 novembre derniers à Bordeaux pour évaluer les progrès faits dans la construction de l’espace européen de l’enseignement et de la formation professionnel (EFP) et lui redonner un nouvel élan. Cet espace européen avait été défini par le « processus de Copenhague » en 2002 et s’inscrit dans la « stratégie de Lisbonne » de 2000. Le processus est révisé et ré-adapté aux nouveaux défis tous les deux ans. Après Maastricht en 2004 et Helsinki en 2006, cette tâche incombait à la Présidence française de l’UE cette année. Un communiqué a été l’issue de cette réunion. Y participaient également des représentants européens des partenaires sociaux. Que dit le communiqué ? Il ré-affirme les critères du « processus de Copenhague » : favoriser la mobilité – Xavier Darcos y ajoute le souhait de la mobilité enseignante -, la transparence dans les diplômes et qualifications obtenus pour plus de transparence entre Etats membres de l’UE, la revalorisation de la voie professionnelle et l’assurance de sa qualité ; augmenter les passerelles menant aux études supérieures, et la création et l’innovation ; resserrer les liens avec le monde économique et favoriser les partenariats avec les entreprises. Souhaitant donner un nouvel élan à toutes ces thématiques, les dirigeants européens ont pris également conscience des enjeux et défis nouveaux de l’EFP face à la crise financière mondiale. Quels nouveaux défis ? Parmi les défis à relever ont été retenus le chômage des jeunes, leur niveau de formation, les déficiences dans les compétences de base ou le faible niveau de formation des adultes. Ajoutons à ce dernier sujet que le niveau de participation à la formation pour adultes dépend du niveau de formation initiale. En effet, selon un récent rapport de l’OCDE, plus le niveau de formation initiale est élevé, plus la participation à la formation continue est importante. Les changements importants de ces dernières années influencent aussi les politiques éducatives. Citons la compétition mondiale accrue, l’évolution démographique, les progrès technologiques, les changements climatiques, la nécessité de développement durable ou encore la crise financière. Rappelons que la Commission Européenne prévoit un déficit des compétences d’ici 2020. Les Ministres déplorent également le manque de statistiques concernant l’EFP et la nécessité de distinguer cet enseignement dans les différentes études nationales et européennes. Quelles exigences nouvelles ? Mot devenu à la mode, les dirigeants de l’Education européens demandent plus de flexibilité. Pour réagir au déficit de compétences, ils demandent un partenariat plus étroit avec les entreprises, tout en garantissant l’égalité des chances. Le rôle de l’EFP dans la formation tout au long de la vie est reconnu comme un rôle clef, mais qui serait entièrement dévolu aux universités, suite à la Charte des Universités, signée récemment à Rotterdam. L’orientation a été pour la première fois un thème majeur des discussions. Des outils de prospective sont à développer pour prévoir les besoins futurs en compétences. L’orientation est vue comme un outil majeur de la formation tout au long de la vie. L’orientation devra prendre en compte l’individualisation des parcours en prévoyant le parcours de formation tout au long de la vie. Un nouvel élan a été donné aussi à des cadres plus formels et concrets tels que les ECVET, l’Europass, le Cadre Européen de Certifications ou le cadre d’assurance qualité de l’EFP (CERAQ). L’apprentissage des langues est aussi largement plébiscité, en prenant garde de l’adapter aux spécificités de l’EFP, ce qui est déjà le cas en France. Quels changements prévoir ? Ce texte signé par toutes les parties en présence souhaite donc avancer dans la construction de l’espace européen de l’EFP, mais reste somme toute assez généraliste. On y parle en effet de revalorisation professionnelle, mais aucune piste précise n’est donnée, mis à part l’organisation tous les deux ans du concours européen Euroskills organisé pour les élèves de l’EFP et dont la première édition a eu lieu cette année (cf précédent papier sur notre site). Pourtant, une revalorisation urgente est à prévoir si on veut éviter la désaffection de ces voies et nourrir la crise. En France, une telle revalorisation a été amorcée, grâce au travail du SNETAA, mais il reste à faire. Point à débattre sérieusement : il est mentionné le recours à des fonds privés « appropriés » ou encore l’accroissement de « l’investissement dans la formation initiale et continue des acteurs de l’EFP : enseignants, formateurs, tuteurs ou praticiens de l’orientation ». La formation tout au long de la vie dévolue aux seules universités inquiète aussi le SNETAA, car c’est bien mal connaître la réalité du terrain. Les élèves qui fréquentent les lycées professionnels choisissent parfois une formation uniquement parce qu’elle est proche de chez eux. On peut alors douter de leur motivation à aller dans les grandes villes universitaires assister à une formation tout au long de la vie ! Et pourtant, ces personnes devraient être la cible prioritaire de l’amélioration de la formation tout au long de la vie. Et ce n’est pas la crise actuelle qui en apportera la preuve contraire ! La formation tout au long de la vie ne devrait-elle pas être une formation de proximité ? Quant à la multiplication des passerelles avec le supérieur, le SNETAA ne peut que se féliciter de son anticipation à ce sujet en France ! (cf lettre du Ministre adressée au SNETAA sur le site snetaa.org, assurant entre autres l’exercice des enseignants PLP en BTS). Si la Commission Européenne, via son Commissaire à l’Education M. Jan Figel, reconnaît que la qualité de l’EFP est « primordiale pour la viabilité à long terme de notre économie et de notre société », il retient surtout les cadres techniques tels que la mise en œuvre des ECVET ou du CERAQ. Pourtant, la mise en pratique de ce genre d’outils est souvent chaotique ! Retenons l’exemple du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL), qui est loin d’être uniforme et simple d’utilisation dans chacune de nos académies ! Et qui, pour les collègues, apporte surtout une charge supplémentaire de travail plutôt qu’un réel progrès en soi. La prochaine réunion de révision aura lieu en 2010 à Bruges, en Belgique. Une nouvelle orientation du « processus de Copenhague », sensé prendre fin en 2010, en même temps que le programme « Education et Formation 2010 » sera alors donnée. Retenons enfin que le SNETAA a l’assurance par ce communiqué que les « partenaires sociaux [seront] impliqués à tous les niveaux », car des discussions au niveau national seront nécessaires pour éviter des dérives dangereuses. Marjorie ALEXANDRE, secteur international, SNETAA, décembre 2008
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