ENSEIGNEMENT DES LANGUES : LES FRANÇAIS PREMIERS DE LA CLASSE EN 2012 ? Dans une communication faite au Conseil des Ministres du 20 février 2008, Xavier Darcos a annoncé un plan de renforcement de l’apprentissage des langues étrangères. Vrai plan ou poudre aux yeux ? Pourquoi la prise de conscience tardive d’un besoin aussi criant ? La France ne figure-t-elle pas parmi les derniers de la classe dans ce domaine depuis des années ? Il semblerait que la France cherche à plaire à l’Union Européenne depuis mai 2008… De nombreux efforts sont annoncés pour remplir les exigences de la construction européenne. La France prend aussi enfin conscience de la mondialisation et, n’en déplaise à ses opposants, il faut bien s’en accommoder puisqu’elle est là et bien là. Le Président de la République, dans sa « Lettre aux Educateurs » - appréciez le terme « Educateurs » - ne fait que reprendre les desiderata de l’Union Européenne qui veut que chaque citoyen européen maîtrise deux langues de l’Union en sus de sa langue maternelle. Le plan annoncé Prévu sur les quatre prochaines années, dès la prochaine rentrée, l’objectif est d’accroître l’enseignement des langues du primaire au baccalauréat. Dès 2010, les élèves de CP bénéficieront de leurs premiers cours en langues étrangères. Les classes bilangues seront développées dès l’entrée en 6ème avec 5h hebdomadaires pour les deux langues. Du côté des dispositions pratiques, les élèves seront « regroupés par niveau », et les activités ayant lieu après 16h pourront permettre de renforcer l’apprentissage des langues. Enfin, les échanges de classe dans le cadre de partenariats internationaux seront encouragés. Et pour les enseignants ? Les enseignants du primaire se verront offrir une formation continue en ce qui concerne les langues. Pour les enseignants du secondaire, le stage à l’étranger pendant la formation initiale deviendra obligatoire. Enfin, le recours aux intervenants et assistants, associés aux professeurs, sera accru. Alors, effet d’annonce ou réel changement ? Les langues étrangères ont connu, ces dernières années, de multiples volontés de réforme, la dernière en date étant la mise en place, largement inégale selon les académies, du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues. Une chose est sûre, la France subit les exigences européennes. Si on est forcés de reconnaître un besoin énorme dans l’enseignement et l’apprentissage des langues dans une Europe en construction et dans un contexte de mondialisation exacerbé, nous pouvons émettre des doutes quant à ce plan sur les dispositions pratiques. Mais pour cela, attendons des déclarations plus complètes de notre Ministre. En effet, il ne suffit pas de mettre un « natif » dans une classe pour qu’instantanément, l’élève sache comprendre les mécanismes variés d’une langue étrangère. Qui plus est, les assistants se font plus que rares dans les lycées professionnels. Par ailleurs, le volume horaire réservé aux langues est beaucoup trop restreint pour permettre aux professeurs d’enseigner correctement les quatre compétences de communication (compréhensions de l’écrit, de l’oral, expressions écrite et orale), la dernière citée faisant trop souvent les frais d’une course au programme ou aux examens… Procéder par « niveau » mérite précisions. S’agit-il d’éclater le groupe classe ? Auquel cas, pour avoir été testé dans plusieurs établissements, la démarche se révèle infructueuse, car les élèves ont besoin aussi d’une certaine stabilité. De même que leurs professeurs, pour connaître leurs élèves ou encore éviter des charges supplémentaires avec conseils de classe à répétition pour seulement quelques élèves par classe. Ou bien soyons optimistes : le Ministre pense-t-il enfin dédoubler les heures de cours pour établir ces groupes de « niveau » ? Cette solution serait la plus judicieuse et de bon sens. Comment pratiquer l’oral dans des classes comprenant parfois plus de trente élèves ? Autre point essentiel, la maîtrise de la langue mère est essentielle pour apprendre une langue étrangère. Rappelons juste qu’un élève de quinze ans sur cinq, selon une récente enquête de l’OCDE, ne sait pas lire correctement. Comment espérer qu’un élève comprenne les mécanismes régissant une langue étrangère, ait accès à sa culture et à sa civilisation, quand il peine avec sa propre langue ? Des réformes, toujours des réformes… Le problème des réformes des enseignements est qu’elles sont trop souvent décloisonnées, sans lien direct les unes avec les autres. Un chantier après l’autre me direz-vous. Mais les enseignants en ont assez d’être considérés comme des laborantins effectuant tests après tests sur des élèves-cobayes. Peut-être que le Ministère pourrait commencer par entendre les revendications essentielles des enseignants de langues vivantes ? Cette réforme, si elle voit le jour, doit s’accompagner des moyens matériels adéquats. Quelques visites dans certains établissements permettraient au Ministre de se rendre compte de l’ampleur des besoins. Certains collègues ne disposent même pas de leur propre salle de cours, de dictionnaires ou de matériel audio-vidéo. Certains lycées professionnels ne sont même pas équipés de laboratoire de langues ou de salles multi-media permettant l’individualisation des parcours. Quant à la formation continue concernant les langues vivantes, quand elle existe réellement, elle est loin de répondre aux besoins du terrain. Vraie réforme ou poudre aux yeux alors ? Les déclarations futures nous en diront plus, en espérant que pour une fois, le bon sens l’emporte sur la volonté de marquer son passage… Enfin, Monsieur le Ministre, sans vouloir vous manquer de respect, sachez que de nombreux inspecteurs de langues vont être furieux suite à votre déclaration… Vous y parlez en effet de « niveaux », alors qu’ils s’échinent depuis plusieurs années à parler de « groupes de compétences », pour ne pas susciter la vexation de nos chères têtes blondes et la susceptibilité grandissante de leurs parents... (Source : Le Monde de l’Education, février 2008) Marjorie ALEXANDRE, Secteur International, SNETAA, mars 2008
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