OBJECTIFS DE LISBONNE 2010 : REVE OU REALITE ?
A l’aube de la Présidence française de l’Union européenne, les termes de « stratégie de Lisbonne », d’ « objectifs 2010 », de « formation tout au long de la vie » ou encore d’ « ECVET » refleurissent dans les discours des Ministères. Alors, vent de printemps ou réel intérêt ? Petit tour d’horizon.
Dans un récent compte-rendu établi tous les deux ans par la Commission Européenne pour vérifier que les objectifs dictés par la « stratégie dite de Lisbonne » sont en bonne voie de réalisation, il apparaît que seul l’enseignement pré-primaire apporte satisfaction avec la scolarisation plus précoce des enfants avec un âge moyen de quatre ans.
De nombreux points posent de gros soucis :• Les compétences clés, comme la lecture sont loin d’être maîtrisées.• Il n’y a pas suffisamment de diplômés de second cycle du secondaire.• Les jeunes quittent prématurément le système scolaire.• La profession enseignante manque d’attrait (salaires, problèmes de formation, climat de mal-être dans les établissements…).• L’apprentissage des langues doit être une priorité.• Le manque de mobilité transnationale, les initiatives allant dans ce sens restant essentiellement communautaires).• Le problème de reconnaissance et de valorisation de la voie professionnelle.
Et dans nos lycées professionnels en France ?Des (pseudo) avancées ?Le premier point ne fait aucun doute. Les collègues ne cessent de s’en plaindre. Une enquête récente de l’OCDE révélait qu’un élève de quinze ans sur cinq ne maîtrise pas la lecture… M. Darcos semble avoir pris conscience du problème avec son plan de réforme du primaire… Mais l’heure est à l’urgence car des générations entières d’élèves ont été laissées de côté avec les conséquences que l’on connaît.Concernant l’apprentissage des langues, M. Darcos a prévu un plan de renforcement des langues (voir publication AP précédent ou sur snetaa.org). Les problèmes restent pourtant un manque horaire évident ne permettant de travailler les quatre compétences de communication correctement, des classes hétérogènes et trop chargées, un manque de moyens matériels dans de nombreux Lycées Professionnels, un manque de consultation des enseignants de langue sur le sujet…Pour le manque de diplômés du second cycle du secondaire, M. Darcos est décidé à revaloriser le Baccalauréat Professionnel, sans pour autant laisser de côté les formations en CAP et BEP. Cette revalorisation est nécessaire, et le SNETAA, via le protocole signé aux côtés d’autres organisations syndicales sur le Bac Pro 3, veille à ce que chaque élève puisse y trouver son compte, que ce soit dans une formation en CAP, BEP, Bac Pro 3 ou Bac Pro 4.
Des gros soucis…Par contre, la question des jeunes sortant sans qualification scolaire reste une grosse épine dans le pied de l’Education Nationale : 160 000 élèves par an ! Avec pour conséquence l’impossibilité de s’insérer correctement dans la vie professionnelle et sociale, pouvant aller jusqu’à des situations catastrophiques. Le SNETAA, depuis de nombreux mois, frappe aux portes des Ministères en proposant d’accueillir ces jeunes dans nos lycées professionnels, rejoignant ainsi l’avis de la Commission Européenne qui pointe l’Enseignement et la Formation Professionnelle comme une solution tout à fait adaptée à ces jeunes menacés de déscolarisation et d’exclusion. Devant le peu d’intérêt suscité sur la question, nous pourrions nous demander si les Ministères prennent conscience et intègrent des rapports de la Commission…Manque d’attrait de la profession ? C’est la patate chaude du moment… D’un côté, on nous parle de revalorisation de la profession enseignante, de l’autre, on les traîne dans la boue. La Commission Européenne pointe des problèmes essentiels, mais une fois de plus, ces rapports sont-ils lus des Ministères et des Comités remplis de pseudo-spécialistes en Education ? A en lire les rapports Pochard ou Attali, le doute nous est permis…Revalorisation de la voie professionnelle ? Cette expression trouve écho dans la bouche du Ministre… L’Europe reconnaît le manque de reconnaissance de cette voie dans le système éducatif. En France, elle reste l’issue de dernier recours. Et l’on peine à reconnaître que l’excellence sort aussi de nos lycées professionnels publics. Il y a insuffisance de poursuites d’études en post-secondaire et dans le supérieur. Si certaines organisations prégnantes sur le secteur de l’enseignement professionnel disent ouvertement que les élèves détenteurs du Bac Pro n’ont pas le niveau pour poursuivre en BTS, tel n’est pas l’avis du SNETAA-eiL, loin s’en faut ! Le SNETAA-eiL a d’ailleurs obtenu, dans le protocole de discussion, que les BTS reviennent en LP ! Pour une véritable possibilité de poursuite d’études pour nos jeunes et une revalorisation de la voie professionnelle ! Les passerelles vers le supérieur, quant à elles, peuvent être considérées comme inexistantes. Mais nous ne resterons pas sans ambition pour nos jeunes sur le sujet, une audience auprès de Valérie Pécresse étant d’ores et déjà programmée.
Alors, 2010 : rêve ou réalité ?Force est de constater que si quelques pas sont faits dans le sens des constats européens, une masse de travail importante reste à accomplir. Or, Nicolas Sarkozy veut une Présidence de l’Union hyperactive. De nombreux dossiers chers au gouvernement sont à l’agenda : immigration, défense, climat, agriculture… N’oublions pas l’Education ! Base de toutes les sociétés, elle ne peut pas rester, une fois de plus sur le côté. Il y a urgence et il serait bon de s’atteler à la tâche avant que les inégalités sociales se creusent davantage. Reste à espérer qu’à vouloir être hyperactif, les dossiers essentiels n’en pâtiront pas en efficacité…La France est déjà mauvaise élève en Europe sur bien des sujets, provoquant des gingivites chez nos voisins… Il serait bon de ne pas porter le bonnet d’âne en matière d’Education, d’ouvrir les yeux… Et de ne pas rechercher uniquement l’excellence, mais une solution adaptée à chacun de nos concitoyens et à chacune des intelligences.
Objectifs de Lisbonne peut-être… En 2010, en France, c’est du domaine de l’utopie !
Marjorie ALEXANDRE, Secteur International, SNETAA, mars 2008
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