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Au lycée professionnel, « l’indispensable » retour avant l’été

Certains bacs pro et CAP nécessitent des certifications et des permis que les lycéens n’ont pas pu passer à cause du confinement. Des sésames indispensables à l’insertion sur le marché du travail.

Par Violaine Morin

Deux lycéens de première bac pro lors de l’épreuve pour obtenir leur certificat d’habilitation en « travail en hauteur sur échafaudage » au lycée Claude-Nicolas-Ledoux, aux Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 11 juin. Hervé Lequeux / Hans Lucas pour  » Le Monde »

Le ministre de l’éducation nationale le revendique : les lycéens professionnels étaient la « priorité » de la reprise des cours, « y compris dans les phases précédentes du déconfinement », a précisé Jean-Michel Blanquer, lundi 22 juin, sur France Inter. Les élèves de cette filière sont en effet plus « fragiles » : 20 % d’entre eux auraient décroché pendant le confinement, selon les estimations du ministère, pour 4 % en moyenne nationale. D’où l’importance de revenir en classe, et pas uniquement pour des « entretiens individuels » préconisés pour la majorité des lycéens généraux et technologiques.

Assiste-t-on pour autant à un retour massif des élèves de la filière « pro » dans les lycées ? Le ministère de l’éducation nationale ne dispose pas de chiffres « consolidés » pour l’instant. Dans les rangs syndicaux, on assure que les « effectifs sont faibles » depuis la réouverture début juin. « On n’a pas fait le plein d’élèves, c’est quasiment sûr », avance Pascal Vivier, le secrétaire général du SNETAA-FO, majoritaire chez les enseignants de la voie professionnelle.

L’autre urgence, pour les élèves de la voie professionnelle, était de valider les certifications indispensables à l’obtention du diplôme. Dans ces cas précis, les établissements n’ont eu « aucun mal » à faire revenir les jeunes, assure Olivier Catayée, le proviseur du lycée Claude-Nicolas-Ledoux des Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).

Mi-juin, le lycée accueillait quatre élèves de première bac pro pour trois jours de formation à « l’habilitation au travail en hauteur », « indispensable » à l’obtention des diplômes de la filière aménagement et finitions du bâtiment. « C’est le genre de métier où vous ne pouvez pas faire grand-chose sans monter sur un échafaudage, précise le proviseur. Sans cette certification, non seulement les élèves ne seront pas diplômés, mais les entreprises rechigneront à les prendre : ce sont des formations qui coûtent cher à l’employeur. » 

Précieuses heures de formation

Les certifications et permis obligatoires sont souvent passées au printemps de l’année de première ou de terminale, selon les lycées. Avec l’interruption des cours le 16 mars, les élèves de la voie professionnelle sont nombreux à avoir manqué de précieuses heures de formation. Il en existe plusieurs, relatives à la sécurité et aux premiers secours, pour les filières électricité, bâtiment, cuisine et aide à la personne. Dans le secteur du transport routier, les permis poids lourd, indispensables à l’insertion professionnelle, sont également concernés.

« Les certifications obligatoires offrent une opportunité de revoir les jeunes, insiste Pascal Vivier. Cela permet de refaire du lien, de voir comment ils ont vécu le confinement, et de les aider, pour certains, sur leur orientation. » Au lycée Ledoux des Pavillons-sous-Bois, Berlange, élève de 1re bac pro, explique avoir passé une bonne partie du confinement sans accès à Internet, dans l’appartement familial de la cité des 3 000, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). « C’était un peu galère, les profs m’envoyaient des cours par courrier », se souvient-il.

Outre les difficultés matérielles, l’enseignement à distance trouve vite ses limites dans les disciplines professionnelles. « On leur a quand même fait faire un peu de bureautique, nuance Franck Arbogast, enseignant en peinture et revêtements de sols. Préparer les commandes, faire les devis, calculer les quantités de peinture pour un chantier donné… Tout ça peut se faire à distance. »

Perspective de l’embauche

La perspective de l’embauche après le diplôme joue dans la motivation des élèves, à des niveaux incomparables avec la voie générale, où les lycéens se projettent en grande majorité vers la poursuite d’études. « Nos élèves étaient tous prêts à revenir », assure ainsi Rachid Biba, professeur de conduite en bac pro « conducteur transport routier marchandises » au lycée Léonard de Vinci de Mayenne (Mayenne).

L’enseignant reçoit en ce moment des petits groupes pour des cours de conduite préparant aux permis C et CE, les permis poids lourds. « La filière transports ne souffre pas de problèmes d’embauche, et la plupart de ces jeunes ont un job qui les attend pour cet été, ajoute-t-il. Il était vraiment indispensable pour eux de passer ce permis. » En revanche, confinement oblige, il sera possible de passer l’examen jusqu’au 31 octobre, pour ceux qui n’auraient pas eu le temps avant juillet. Un délai exceptionnel qui a « pas mal rassuré les parents », confie Rachid Biba.

Dans les mêmes perspectives d’embauche rapide, certains élèves de la voie professionnelle demandent spontanément à revenir pour « faire le point » sur certaines compétences, même s’ils ont déjà toutes les certifications nécessaires à leur diplôme. « J’ai quatre élèves de deuxième année de CAP qui sont revenus faire un peu de carrelage, se félicite Franck Arbogast, au lycée Ledoux. Ça n’est pas le cœur de leur formation, mais les entreprises demandent qu’ils aient quelques notions. »

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