[Exclusivité Édito] Ô Rage, ô désespoir, ô décision ennemie

L’heure est au Y ! 

Ainsi, tout l’enseignement professionnel dans sa globalité, d’abord caricaturé à ses seuls baccalauréats professionnels, n’attendait que l’arbitrage du nouveau ministre sur la terminale en Y. 

C’était aussi faire le jeu de feue l’administration Grandjean qui ne voyait qu’aux lycées pro, de futurs bacheliers et, surtout, de futurs decrocheurs « encouragés » par les PLP. Beh voyons ! 

La terminale en Y, les PLP l’ont bien éprouvée : « Y’en peux plus ! ». 

Édouard Geffray a rendu sa décision contre toute attente : il maintient le Y par deux semaines à placer avant mars, au gré de chaque établissement. C’est-à-dire en plein cœur des CCF, des 6 semaines de PFMP « évaluatives »… En plein coeur de l’année scolaire. 

Du bordel en plein cœur ! 

Bien sûr, les examens de fin d’année auront lieu mi-juin, bien ! Le ministre, aidé par son administration, en fait d’abord ses choux gras devant l’opinion. Comme pour faire oublier qu’à la différence des baccalauréats généraux et technologiques, le bac pro, c’est 80 % de CCF et seulement 4 disciplines terminales en juin (francais-hist-geo-EMC/PSE/éco-droit/oral de projet)… Sa communication est savamment huilée pour que tout glisse : jusqu’aux organisations syndicales, nombreuses, à lui dire « Merci ! ». 

Pas le SNETAA-FO ! Nous savons, nous, que cette réforme de la terminale est un grand gloubi-boulga qui sape l’énergie des PLP, l’organisation générale dans nos lycées pro, un casse-tête pour les chefs d’établissement (notons que le seul syndicat de chefs d’établissement qui s’oppose vivement à ce bidouillage est ID-FO) et un non-sens pour les élèves. 

Le Y devient, dans la communication du ministre, nouvellement « un parcours différencié »… Chacun est libre d’en rire ou d’y croire. 

Ces deux semaines (l’année prochaine, 2027) peuvent même être pires en plein cœur de l’année scolaire que les six semaines (cette année 2026, encore quatre sur décision d’E.Borne) en fin d’année. 

Allez expliquer tout cela quand tout est déjà écrit depuis des semaines !…

Les promesses n’engagent que les gens qui y croient, en effet ! 

Le constat catastrophique de la réforme sur la terminale bac pro était pourtant partagé. Bien sûr avant l’annonce ! Depuis, beaucoup d’acteurs tournent casaque après l’arbitrage du ministre (surtout de ceux qui sont absents des LP, comme de bien entendu ! Quand on vous dit « une communication savamment huilée »…)

Une fois n’est pas coutume : plutôt que Les Échos, notons que, dans un entretien au Figaro, Pierre Manent pointait que « Pour relever le pays, nos gouvernants devraient faire preuve de modestie, qu’ils arrêtent cette jactance générale. On nous promet des choses sublimes pendant que le pays s’affaisse. Donc les paroles n’ont plus aucun rapport avec notre action possible. Il faut faire un inventaire des forces et des faiblesses du pays, un moment de sincérité collective, et repartir de cela pour agir»(2).

C’est de cela que l’enseignement professionnel avait besoin : d’abord un constat exhaustif et partagé pour savoir à quoi s’atteler et vers où amener la jeunesse, futurs travailleurs et citoyens de ce pays. 

Fallait-il du courage ? Non, d’abord faire preuve de « modestie », arrêter la « jactance », de la « sincérité » et écouter les experts qui sont du terrain (je suis tenté de dire « du vrai terrain », nous n’avons guère besoin de « sachants » autoproclamés qui sachent mieux que les PLP en  LP).

Ce n’est donc pas un arbitrage qui a été rendu mais un couperet. 

Entendu : le SNETAA a donc quitté le comité de suivi de la voie professionnelle vraisemblablement et dorénavant « suivi » par tous ceux qui sauront expliquer « le verre à moitié plein », « le soulagement » de ceux qui ne sont pas en LP, etc.

Allez, c’est pour 2027 ! 

En ces temps où le hasard se joue des puissants, que c’est loin 2027… 

Qui vivra verra ! 

Sans rage, sans désespoir. 

Juste avec la force incontournable des PLP comme arbitre.

C’est ainsi que la démocratie se vit !

Pascal VIVIER

SG SNETAA

(1) « ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! » Le Cid, Corneille. 

(2) Le Club Le Figaro Idées», 19/02/2026

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